samedi 14 septembre 2013

PLOMB à l’Agora de la danse : la fulgurance de l’émotion (CRITIQUE)


Si le travail de Virginie Brunelle a parfois eu des airs de ressemblance avec celui de Dave St-Pierre à ses débuts, force est d’admettre que la signature de la chorégraphe est aujourd’hui personnelle et presque aussi puissante. PLOMB est une habile démonstration de son talent et de sa sensibilité.

Présentée à l’Agora de la danse jusqu’au 21 septembre, sa nouvelle création met en oppositions les différents pôles d’une relation, qu’elle soit amoureuse, amicale ou charnelle. D’abord, les débuts euphoriques, extatiques et grandiloquents, ces débuts où les sensations sont plus fortes, les mouvements plus amples et les sourires plus ravageurs. Une période dansée sur une musique pimpante et swinguante datant d’une époque où la nostalgie embellit le beau pour mieux effacer le laid. 

Après l’effervescence des débuts vient inévitablement la descente abrupte vers la réalité, ce moment où le corps n’est pas tout à fait revenu sur terre, mais où la tête n’est plus tout à fait dans les nuages. Une période d’entre-deux suivie de retrouvailles physiques, incontournables et incontrôlables. Un corps à corps aussi nécessaire que dangereux, une fusion toute-puissante qui fera mal et qui causera une série de petites morts.  

L’œuvre de Brunelle aborde aussi la séduction, l’évaluation des candidats, l’espoir d’être considéré, l’envie de provoquer la situation, les amis qui tentent de prévenir le choc, la femme qui s’approche et qui jauge, avant de subir la fureur du mouvement de l’un et de goûter à la puissance rassurante de l’autre. 

Vient alors ce moment où l’on retombe, cet instant où l’on donne une autre chance à la vie et à l’amour, cette période où l’on recrée les mêmes mouvements, où l’on confronte les mêmes peurs, où l’on trébuche sur les mêmes obstacles, obligés de nous relever et de retomber sans arrêt, jusqu’à ce que quelque chose se passe, jusqu’à ce qu’un point de non-retour soit atteint, que les choses changent ou qu’elles ne veuillent plus jamais espérer d’exister. 

Tout au long du spectacle, de nombreux tableaux imaginés par Virginie Brunelle sont inspirés, émouvants, captivants et construits sur des images claires et puissantes. Certains duos éblouissent les spectateurs avec un mélange de force brute et de vulnérabilité, de confrontation et de laisser-aller, de pouvoir et de protection. La jeune femme possède un langage chorégraphique et théâtral qui force l’admiration. 

Malheureusement, les quelques dialogues viennent plomber le rythme et l’émotion habilement mis en place précédemment. Ne maîtrisant pas suffisamment les fondements de la projection, de la diction et de la conscience de leur voix dans leur corps et dans l’espace, les quelques danseurs à qui l’on demande de jouer les acteurs ne passent pas le test de la transmission des émotions. 

Il est également décevant de constater à quel point les danseurs de sexe masculin sont sous-utilisés, comme c’est le cas si souvent avec plusieurs chorégraphes. Servant trop souvent de soutien (ou de faire-valoir) aux danseuses, en les soulevant, en les faisant tourner ou en provocant des réactions physiques vachement intéressantes dans leurs corps à elles, les messieurs engagés dans PLOMB n’ont pas une partition à la hauteur de leur talent. 

Au final, on retient une fulgurance dans l’émotion, une lecture relationnelle habile et touchante, mais certains procédés qui méritent encore recherche et raffinement.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin

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