mercredi 7 mars 2012

Midsummer à la Petite Licorne : est-ce que ça vous dirait de vivre, un instant ?

L’Écosse revient par la grande porte à la Petite Licorne pour le prochain mois. En réunissant les acteurs-chanteurs Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant, dont la complicité est aussi palpable qu’à l’époque de leur collaboration dans le film Borderline, le metteur en scène Philippe Lambert a trouvé le duo parfait pour interpréter le texte de David Greig (formidablement traduit par Olivier Choinière) et les chansons de Gordon McIntyre. Midsummer est un petit bijou venu de l’étranger.

Ironiquement, l'histoire de David Greig a le pouvoir de plaire aux romantiques et aux plus cyniques. Sans jamais prendre parti, Greig s’attaque aux codes des histoires d’amour hollywoodiennes avec tendresse, tout en caressant l’étincelle relationnelle avec lucidité.

Dans Midsummer, deux êtres que tout sépare tombent l’un sur l’autre dans un bar d’Édimbourg, un vendredi soir du solstice d’été. Lui, petit bum sans envergure, il attend quelqu’un pour faire une passe croche de plus. Elle, avocate spécialisée en divorce qui s’est juré de n’être la « grosse vache » de personne, elle attend son amant pour cocufier une femme mariée de plus. Ils finissent par passer la nuit ensemble, avant de se laisser transporter dans une course contre la montre, une séance de bondage japonais, des menaces de mort et les pleurs d’un enfant traumatisé. Mais au-delà de leurs aventures follement rafraichissantes, les deux mi-trentenaires affrontent une grande question existentielle : « C’tu ça qui est ça ? ».

Ode à l’envie de lâcher prise, de tout recommencer, d’écouter la petite voix d’enfant qui nous chuchote qu’il existe autre chose, ailleurs, quelque part, qui nous convient sûrement, Midsummer nous invite à chercher ce territoire où la réalité brutale ne nous échappe pas, mais où on a le loisir de lui donner une nouvelle saveur.

Les neuf chansons folks interprétées et gratouillées par Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant sont d’une irrésistible simplicité. Jamais trop présentes, ni trop clichées, elles sont écrites et traduites avec tant de vérité et de talent que l’histoire ne peut faire autrement que d’en profiter. Les voix des deux interprètes se marient à merveille, nous laissant l’impression que s’ils enregistraient le tout sur cd, nous courrions les acheter sur le champ. Pendant que Brillant est doux, brut et solide, Blais est divine, incandescente et incroyablement charmante. Les deux acteurs vibrent d’authenticité et de candeur, pour notre plus grand bonheur.

L’astucieuse utilisation des accessoires, l’ingénieuse présence des ombres chinoises, la direction d’acteurs homogène et le rythme accordé à l’ensemble de l’œuvre ne sont que quelques-uns des éléments qui démontrent l’étendue du talent du metteur en scène Philippe Lambert. 

Drôle, touchante, agréablement prévisible et follement surprenante, Midsummer nous laisse avec le sourire aux lèvres, la larme à l’œil et l’envie irrépressible d’aller prendre une énorme bouchée de cette chose que l’on appelle la vie.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin




vendredi 2 mars 2012

Critique de « Cranbourne » à la Salle Fred Barry : quel réjouissant manque de classe !

Quel bonheur de retrouver l’auteur, metteur en scène et interprète Fabien Cloutier dans une autre de ses créations présentée à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 17 mars. Au menu : rire gras, rire jaune, manque de classe, surprise et émotions.

Le programme de la soirée annonce assez bien la vision du théâtre de Fabien Cloutier : « Je n’aime pas les longs mots de metteur en scène qui me disent ce que je devrais comprendre dans ce que je vais voir. Je n’aime pas non plus qu’on me prépare à l’œuvre, comme si le spectacle exigeait que je sois dans un tel ou un tel état pour mieux l’apprécier. Alors je fais court… » Le théâtre avec Fabien Cloutier, c’est brut, viscéral, direct et sans flafla. Un décor qui se résume à une chaise d’une laideur immonde. Quelques d’éclairage. Des déplacements réfléchis pour garder l’attention des spectateurs ou mettre l’accent sur certains passages. Pour le reste, il y a un acteur, une histoire et des spectateurs qui en redemandent.

Après avoir séduit les amateurs des Contes urbains en 2005 avec « Ousqu’y é Chabot ? » et imaginé une histoire autour de ce même personnage dans une pièce de théâtre complète, Scotstown, présentée en 2009 avec tout autant de succès, Cloutier revient nous brasser la cage avec « le chum de Chabot », qui se pose une question de premier ordre : « Faque si câlisse j’ai jamais faite ça / Si crisse chu genre qui penserait même pas à faire ça / Ben ça veut dire que chu un bon gars / Pis si chu un bon gars / Comment ça qu’la pelleté d’marde à m’arrive à moé? »

En plus clair, le chum de Chabot, il réalise qu’il n’a encore rien fait de sa vie et qu’il a tout intérêt à se trouver un travail et une blonde dans la prochaine année. De plus en plus conscient que son entourage n'est pas composé par beaucoup de « vainqueurs », il nous raconte à sa façon dans quel monde il vit : des amis qui vont dans un chalet et qui veulent se commander une prostituée, peu importe sa propreté ; des centaines d’habitants d’un village vraiment très creux qui participent à un concours consistant à déterminer à quel endroit précis une vache va déféquer ; un emploi dans une usine de gâteaux Vachon où rien ne tourne rond et un univers où l’on donne une toute nouvelle définition à la virilité.

Fabien Cloutier raconte des histoires que personne d’autre n’oserait raconter et nous serions bien inconscients de nous en priver. 

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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lundi 27 février 2012

« Jean et Béatrice » au Théâtre Parenthèse : la surprenante trouvaille de la rue Masson

Qu’on ait l’habitude d’aller au théâtre une fois par trois mois ou trois fois par semaine, il est généralement très rafraichissant de tomber sur des acteurs que l’on ne connait pas et de découvrir un espace scénique dont on n’a jamais entendu parler. En montant la pièce « Jean et Béatrice », écrite par Carole Fréchette, le Théâtre Parenthèse nous offre non seulement son lot de nouveautés, mais également une soirée que l’on n’est pas sur le point d’oublier.

D’abord, il y a ce lieu, le Théâtre Parenthèse. Samedi soir dernier, 19h30, je marche sur la rue Masson en me demandant à quel moment le 2177 va apparaître sous mes yeux. Je franchis le viaduc, je me perds à moitié, je reviens sur mes pas et j’aperçois un immeuble à mi-chemin entre une école et une ancienne usine. Devant moi, une dizaine de personnes montent les trois étages d’un escalier de béton, sillonnent une série de couloirs impersonnels et rejoignent le reste des spectateurs devant la salle Jean-Pierre Bélanger. Nous serons tout au plus une soixantaine à nous entasser sur trois rangées de sièges pour assister à la représentation. Devant nous, les restes d’un appartement : divans d’une époque révolue, décorations iconoclastes et quantité de bouteilles d’eau dissimilées un peu partout.

Entrent alors en scène Hugo Turgeon, un acteur ayant cumulé des rôles dans plus d'une vingtaine de productions pour enfants, adolescents et adultes, et Diane Cormier, qui roule sa bosse en tant qu’actrice et professeure depuis qu’elle a gagné les auditions du Quat’Sous en 1995. À eux deux, ils ont la responsabilité de reproduire l’énorme tension dramatique qui doit s’installer entre Jean et Béatrice. Imaginée par Carole Fréchette (Les sept jours de Simon Labrosse, Les quatre morts de Marie, La petite pièce en haut de l’escalier et Je pense à Yu, qui sera présentée au Théâtre d’Aujourd’hui en avril), l’histoire est tout sauf quotidienne : Béatrice, jeune héritière, lucide et intelligente, affiche un message sur les murs de Montréal où elle affirme chercher un homme qui pourra l’intéresser, l’émouvoir et la séduire. Dans l’ordre. C’est à ce moment qu’un certain Jean se présente au 33e étage de l’immeuble désaffecté. Convaincu de pouvoir relever le défi, l’homme fait la connaissance d’une femme peu banale : Béatrice est excessive, plus ou moins franche, incapable de s’arrêter de raconter des histoires et victime d’excès de fatigue quand bon lui semble. Le tout dans un climat de tension et de chaleur qui donne envie aux spectateurs de voler une des nombreuses bouteilles d’eau que Béatrice engloutit à un rythme effréné.

Bien que l'interprétation d'Hugo Turgeon soit inégale, le travail de sa collègue Diane Cormier est en tous points remarquable. Fragile, fébrile, entièrement connectée à son personnage d’excentrique vulnérable, nous donnant l’impression de vivre chaque fraction de seconde et chaque parcelle d’émotion comme si c’était la première fois, Cormier n’est rien de moins qu’une révélation !

Profitant d’une histoire infiniment bien écrite où se mêle le drame et la comédie, l’authenticité crue et le mensonge, une impression de suspense et de temps qui s’arrête, en plus d’un espace scénique nouveau genre – qui aurait cru aller au théâtre pour voir un homme menacer de se jeter d’une fenêtre qui mène réellement sur l’extérieur – le Théâtre Parenthèse fait de « Jean et Béatrice » un moment théâtral hors norme qui fait bon à voir.

25 février – 1er, 2, 3, 8, 9, 10, 16 et 17 mars

Billetterie : 514-223-2031
billetterie@theatreparenthese.com
Salle Jean-Pierre Bélanger
Théâtre Parenthèse
2177 Masson, suite 311

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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vendredi 24 février 2012

Ines Pérée et Inat Tendu au Théâtre d’Aujourd’hui : la révolte gronde et subjugue !

Le metteur en scène Frédéric Dubois et son Théâtre des Fonds de Tiroirs ont relevé l’ambitieux défi de monter une œuvre de Réjean Ducharme, « Ines Pérée et Inat Tendu », à une époque où la révolte est au goût du jour. Peu importe qu’ils aient clamé les slogans du mouvement « Occupons Montréal » l’automne dernier, qu’ils soient actuellement impliqués dans une lutte à finir contre la hausse des frais de scolarité ou qu’ils s’opposent à l’aseptisation de notre société, nombreux sont ceux qui vont sortir du Théâtre d’Aujourd’hui inspirés et galvanisés.

Les habitués de Réjean Ducharme savent que le travail de l’auteur n’a rien de traditionnel. Plus souvent qu’autrement, le dramaturge québécois exprime un propos avant de raconter une histoire répondant à des conventions dramaturgiques linéaires. Cette fois, l'auteur s'attarde au refus de concéder, de rentrer dans le rang et d’écouter les diktats de la société. Avec Ines et Inat, nulle envie de se censurer ou de s’enliser dans le consensus. Parcourant le monde pour trouver quelqu’un qui voudra les « adopter », les adulescents font la rencontre d’Isalaide, une femme pincée qui délaisse rarement les conventions de la rectitude politique. Les rapports qui les unissent alterneront entre affection et incompréhension, avant de provoquer un changement de cap pour le moins drastique chez tout un chacun.

Il est bien difficile de résumer une pièce de Réjean Ducharme. D’abord parce qu’il est impossible de saisir tout ce que l’auteur nous catapulte au visage (ce qui génère d’ailleurs une certaine forme de plaisir), mais aussi parce qu’il faut vivre Ducharme pour bien comprendre à quel point l’expérience est mémorable. Les niveaux de langage sont exponentiels, les expressions sont déconstruites avec un brio hors du commun, l’anglais québécisé vient flirter avec le français découragé, l’absurde côtoie la critique sociale, la sensibilité embrasse la revendication politique. Bien malin celui qui aura la vivacité d’esprit nécessaire afin de profiter de toute la richesse mise à notre disposition dans « Ines Pérée et Inat Tendu ».

À ce sujet, levons notre chapeau à Frédéric Dubois qui a su diriger cette belle pagaille avec autant de doigté. Bien que la totalité de la distribution soit magnifique, il est nécessaire de mentionner à quel point Catherine Larochelle, Steve Gagnon et France LaRochelle sont fabuleux. Rarement a-t-on vu des acteurs aussi physiques, investis, drôles, sensibles, capables de rendre intelligible un langage aussi particulier et bouillonnants de cette envie de tout casser et de se faire aimer.

À l’image de la plus récente production d’un texte de Réjean Ducharme, « Ha Ha! … » au TNM en décembre dernier, « Ines Pérée et Inat Tendu » est trop longue d’une bonne demi-heure (la pièce dure 2 h 10 sans entracte). N’empêche, la quête d’authenticité des mots de Ducharme et la virtuosité incontestable du Théâtre des Fonds de Tiroirs marquent un trait bien défini dans la chronologie des grandes productions du théâtre québécois.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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mercredi 22 février 2012

« Frères » au Théâtre Prospero : la puissance de la candeur fraternelle

La directrice artistique de l’Opsis, Luce Pelletier, a choisi de poursuivre le Cycle italien du Théâtre Prospero en traduisant et en assurant la mise en scène de « Frères », une pièce de l’auteur Francesco Silvestri. Jusqu’au 10 mars prochain, les acteurs Émile Proulx-Cloutier et Benoit Rioux se chargeront d’illuminer une part de votre humanité grâce à la simplicité de leur fraternité.

Les lumières s’ouvrent sur un lit d’hôpital, quelques meubles et une structure où des centaines de rubans multicolores sont attachés. Les rubans font ici référence à cette tradition d’origine celtique voulant que si on lave une partie du corps malade avec un bout de tissu et qu’on l’accroche à un arbre situé près d’un puits aux vertus curatives, le malade guérit lorsque le tissu est complètement désagrégé.

Dans ce lit, un jeune homme, prisonnier de sa condition, souffrant d’une maladie innommable et incurable. À son chevet, son grand frère, un simple d’esprit à qui l’on interdit de prendre soin de celui qu’il aime au-delà de toute considération. Prétextant se rendre à la messe afin de visiter son petit frère en douce, l'aîné s’adonne à son propre rituel : il lui tient compagnie, lui raconte des histoires, le nourrit, le lave et lui offre toute son affection.

Bien qu’on puisse avoir le réflexe de comparer l’histoire de « Frères » à certaines productions viscéralement dramatiques qui nous remuent les entrailles de douleur, on finit par recevoir la candeur et la simplicité du fond et de la forme comme une bouffée d’air frais.

Ayant la lourde tâche de soutenir un monologue pendant un peu plus d’une heure, Émile Proulx-Cloutier est sensible, dynamique, agréablement cabotin et attendrissant. Les regards d’amour qu’il échange avec son « petit frère », Benoit Rioux, sont visiblement sincères.

À défaut de cris, de pleurs, d’insultes, de colère, de trahison et d’une panoplie de stéréotypes dramatiques, « Frères » soulève des questions fondamentales sur l’accompagnement d’un proche dans la souffrance : qui parmi nous accepterait de faire ce que ce simple d’esprit choisit d’accomplir chaque jour avec un enthousiasme renouvelé ? Qui parmi nous peut affirmer sans hésiter avoir un frère, une sœur ou un ami qui serait là pour le soutenir de la sorte ? Notre humanité relationnelle nous permet-elle de se savoir entourés de gens qui sont là quand ça compte vraiment, qui n’hésitent pas à tout lâcher pour nous aider et qui font de la considération d’autrui l’une de leurs priorités ?

En faisant le pari de la simplicité, « Frères » gagne énormément là où une partie de la population perd en humanité. 

Crédits photos : Marie-Claude Hamel

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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vendredi 17 février 2012

Critique de « L’Oratorio de Noël » : le procès d’un homme souffrant d’Alzheimer

Pour son retour sur les planches après 10 ans d’absence, l’acteur Raymond Bouchard a choisi de faire confiance aux mots de Michel Tremblay et à la mise en scène de Serge Denoncourt, qui avait affirmé aux dirigeants du Théâtre Jean Duceppe qu’il n’allait pas mener le projet à bien si l’acteur n’acceptait pas son offre. Heureusement pour lui et pour les milliers de spectateurs qui se déplaceront chez Duceppe jusqu’au 24 mars, le personnage principal de « L’Oratorio de Noël » est rendu par le talent vibrant de Raymond Bouchard.

Neurochirurgien autoproclamé le plus doué de Montréal, Noël est aux portes de l’Alzheimer. Vicieuse et foudroyante, la maladie provoque dans son esprit une confusion d’époques et de générations où 9 acteurs le visitent en empruntant les traits de son ex-femme, de son fils et de sa fille, à trois générations différentes. Bien qu’on sente venir les affres de l’Alzheimer et que plusieurs passages de la pièce y soient consacrés directement, la maladie est un prétexte pour que Michel Tremblay parle de ce qu’il connaît le mieux : la famille. Père absent, incapable de reconnaitre le talent de sa fille – une artiste peintre reconnue –  ou de croire que son fils ait pu choisir la même profession que lui par passion, en plus de vouloir l’impressionner, Noël est au banc des accusés. En raison du brouillard dans son cerveau et des trous dans lesquels sa maladie le plonge, l’homme ne sait plus s’il divague ou si les siens le visitent réellement, et il ne comprend pas comment les versions adolescentes de ses deux enfants peuvent affirmer certaines réalités qu’ils n’ont pas encore vécues.

Grâce à la maîtrise qu’il démontre une fois de plus pour entremêler les propos de plusieurs générations des mêmes personnages, Michel Tremblay nous fait très bien comprendre le chaos qui embrouille la tête de son personnage principal. À ce sujet, les multiples allers-retours et les phrases commencées par l’un, mais finies par l’autre sont fort habilement orchestrés par Serge Denoncourt.

En ce qui concerne les décors, un lit d’hôpital et quelques chaises sont installés devant un énorme rideau semi-transparent derrière lequel vont souvent s’asseoir les acteurs, devenant ainsi de moins en moins concrets et tangibles, à l’image des souvenirs de Noël qui ne sont plus l’ombre de ce qu’ils étaient.

Loin d’être parfait, le texte de Michel Tremblay nous offre certains passages de confrontation entre la jeune artiste incomprise et le vieux baby-boomer qui sombrent dans le déjà-vu. Sans compter cette idée particulièrement facile de camper les effets d’une maladie dégénérative du cerveau dans la tête d’un neurochirurgien réputé. 
Bien qu’inégale, la distribution compte sur plusieurs bons acteurs (Ginette Morin, Marie-Chantal Perron, Gabriel Lessard, Pierre-François Legendre, Monique Spaziani, Maude Laurendeau), dont Raymond Bouchard qui propose aux amateurs de théâtre une performance pleine d’émotions, de subtilités, de colère, d’incompréhension, d’impuissance et de résignation. Son jeu est de loin supérieur à tout ce qu’on a pu voir de lui à la télévision depuis années.

Maladroit, mais touchant de vérité, « L’Oratorio de Noël » plaira aux inconditionnels de Tremblay, ébranlera toute personne ayant un proche atteint d’Alzheimer et fera réfléchir tous les autres sur la famille, la compassion et la fragilité de l’esprit.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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jeudi 16 février 2012

Critique du roman « T’es con, point » : quand la connerie est irrésistible !

D’abord, il y a ce titre, « T’es con, point », qui reflète parfaitement l’impression générale qui se dégage du premier roman de l’auteur montréalais Doug Harris, publié en version originale en 2010 : un ton direct et punché, une écriture irrévérencieuse, un personnage de perdant sympathique et une série de jugements de la part du narrateur.

Le premier élément qui frappe l’imaginaire en débutant la lecture de « T’es con, point », c’est le choix d’avoir écrit l’histoire au « tu ». En révélant les milliers de travers de ses personnages et de leurs histoires, le « tu » privilégié par Doug Harris permets un je-ne-sais-quoi de franchement libérateur pour celui qui tient la plume et ceux qui en découvrent les mots.

Voyez-vous, le personnage principal du roman, Lee Goodstone, est à des années-lumière de la perfection. Grand, maigre, sans ambition et sans réel intérêt pour la gent féminine, Lee est celui que nos yeux préfèrent ne pas croiser sur la rue et celui que plusieurs s’amusent à pointer du doigt. Meilleur ami de Johnny, un homme ayant fait le choix d’utiliser sa belle gueule pour avancer dans la vie, Lee Goodstone finit par coucher – lui-même ne comprend pas comment ça lui est arrivé – avec Honey, le genre de fille que tout le monde désire ouvertement. Ce qu’il faut savoir avec Honey, c’est qu’elle s’adonne à être la copine de Johnny. Voilà, vous avez tout compris, Lee Goodstone, il est con, point.

En parcourant les 400 pages du premier roman de Doug Harris, les lecteurs sont plongés dans une succession d’histoires de drogue avec un dealer légèrement cinglé, témoins du sentiment très adolescent que la vie n’est qu’un long été qui ne se terminera jamais et font la connaissance avec un groupe d’amis dégénérés. Dans le lot, il y a Henry, un gars de 28 ans – vivant encore chez sa mère – qui est soupçonné d’être mêlé à la disparition d’une jeune adolescente paumée. Presque convaincu de l’innocence de son ami attardé, Lee Goodstone choisit de faire le pitre sous les yeux d’une reporter télé qui s’est donné le mandat d’élucider le mystère avant la police.
Aussi étrange que celui puisse paraître, on s’attache énormément au personnage principal de « T’es con, point ». Même s’il a tout d’un perdant invertébré, Lee Goodstone est sarcastique à souhait, étonnamment intelligent, incroyablement lucide, beaucoup plus humain qu’on pourrait le croire et particulièrement conscient des failles et des cratères de sa personnalité.

Pour la vérité brute de ses personnages, pour le plaisir de découvrir le Montréal anglophone contemporain et pour cette impression qu’il pourrait nous raconter n’importe quoi avec trop de détails, Doug Harris réussit le pari de nous offrir un premier roman extrêmement solide et divertissant. Certains lecteurs pourront prévoir un ou deux éléments de la fin du récit, mais « T’es con, point » est tout de même le genre de roman qu’on regrette sincèrement d’avoir terminé.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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vendredi 10 février 2012

Faire son deuil d’une carrière en chanson ? Pas si simple…

Je chante depuis 6 ans. Je chantonne depuis toujours.

Je suis le petit garçon qui s’époumone dans sa chambre du rez-de-chaussée, la fenêtre grande ouverte, donnant sur la rue, pour que les voisins puissent « profiter » des succès de Marjo, Marie Carmen,  Kathleen, France Gall et Marie-Denise Pelletier. Celui qu’on entend fredonner Le Petit Renne au Nez Rouge, Vive le Vent et Sainte Nuit un peu plus fort que les autres, pendant les spectacles de Noël.

Je suis le préadolescent qui se bat pour continuer d’utiliser sa voix aiguë de petit garçon en accompagnant Céline Dion, Whitney Houston, Lara Fabian et Mariah Carey.

Je suis l'adolescent de 17 ans qui habite au 9e étage des résidences du Cégep de Jonquière et qui prend l’ascenseur en s’imaginant que personne ne l’entend chanter une fois à l’intérieur...

Je suis le jeune adulte en quête d’amour propre et d’attention, conscient de son potentiel vocal, qui a le réflexe inconscient de chanter pour attirer les compliments. Celui qui chante sur la rue en allant faire son épicerie et qui peut difficilement résister à l’idée d’interrompre une conversation pour chanter un petit bout de chanson qui vient de se glisser à son oreille. Celui qui croit que la puissance vocale est l’un des sentiments les plus libérateurs qui existent sur terre en goûtant à la délicieuse impression d’exister après toutes ces années.

Je suis le gars de 20 à 25 ans qui prend conscience du rapport intime qui unit sa voix et sa valeur. Celui qui découvre que son corps devient rigide quand vient le temps de prouver quelque chose à quelqu’un. Celui qui laisse sa tête prendre en charge sa respiration, son support et sa justesse, au lieu de laisser son corps faire le travail instinctivement. Celui qui refuse de chanter dans les karaokés parce que la qualité du son et les tonalités offertes provoquent chaque fois une déception qu’il n’est pas encore capable d’assumer. Celui qui arrête de chanter dans la rue et dans les lieux publics parce qu’il n’a plus besoin de l’attention des autres pour se sentir vibrer.

Je suis aussi le gars de 20 à 25 ans qui n’aura jamais besoin de se battre pour arriver à exprimer ses émotions en chantant. Parce que même lorsqu’il a l’impression d’être au neutre, il a le pouvoir de transmettre. Parce que cette hypersensibilité qui l’a tant fragilisé pendant des années est en train de devenir sa plus grande alliée.

Je suis celui qui développe une réelle dépendance pour les chansons à textes et qui peut désormais passer des semaines sans s’arracher les poumons en chantant (mais qui aime quand même s’amuser à le faire une fois de temps en temps).

Je suis celui qui chante en public pour la première fois au mariage d’une amie en faisant pleurer le tiers des 150 invités et qui réalise que les compliments qu’on lui fait ne sont pas aussi bons que le sentiment de chanter sans se juger pendant 4 minutes.

Je suis celui qui recommence à chanter dans les rues et dans les lieux publics parce qu’il ne le fait (presque) plus pour attirer l’attention, mais seulement pour apprendre à se laisser aller. Celui qui sera capable de chanter du Josh Groban d’ici deux ou trois ans, mais qui préfère apprendre à chanter du Ingrid St-Pierre depuis quelques mois.

Je suis celui qui vit des moments de grâce où son grain de voix et sa capacité d’interprétation pourraient lui permettre de faire carrière, mais qui n’est jamais arrivé à rester constant comme les chanteurs professionnels. Celui qui n’arrivera peut-être jamais à vivre ses moments de grâce à l’extérieur de son appartement et de ses cours de chants, mais qui n’a pourtant pas encore assimilé la nouvelle totalement.

Je suis également ce grand garçon qui sait ce qu’il a gagné en chantant et qui n’arrêtera probablement jamais.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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samedi 4 février 2012

Don Juan est de retour à Montréal et Jean-François Breau y règne en roi et maître !

Les producteurs de la comédie musicale Don Juan se sont mis au défi de remplir la plus grande salle de la Place-des-Arts, Wilfrid-Pelletier, à 10 reprises entre le 2 et le 12 février. Profitant du retour des vedettes que sont devenues Jean-François Breau et Marie-Ève Janvier grâce à l’histoire du tombeur de ses dames depuis 2003, le spectacle voit Natasha St-Pierre, Étienne Drapeau, Jonathan Roy, Normand Lévesque et Amélie B. Simard tenir les autres rôles principaux.

Si à l'époque certains avaient douté du choix de Jean-François Breau en affirmant que le chanteur n’avait pas la virilité masculine nécessaire pour interpréter Don Juan, nul doute que l’Acadien a travaillé pour leur faire ravaler leurs paroles en 2012. Rustre, fier, beau parleur et profondément mâle dans la première partie, vulnérable, transi d’amour et aveuglé par sa jalousie dans la deuxième, Breau incarne parfaitement son personnage. Profitant de toutes les représentations qu’il a données à travers les années pour ajouter quelques couches de crédibilité à son jeu, le chanteur est impeccable vocalement et possède une présence scénique à faire pâlir de jalousie plusieurs de ses collègues.

L’ex-académicien Étienne Drapeau (Don Carlos) n’a tout simplement pas ce qu’il faut pour être de la distribution. Faux dans son jeu, freiné par une série de réflexes pop (les trémolos forcés et les fins de phrases non soutenues), ne possédant pas la moitié des nuances et du savoir-faire vocal de Jean-François Breau et de Marie-Ève Janvier, Drapeau semble mettre en application les émotions que sa tête lui suggère, sans que son corps et ses tripes entendent le message.

Le rôle de Raphael a quant à lui été donné à Jonathan Roy. Si la performance de l’ex-gardien de but des Remparts de Québec ne lui vaut pas un retour dans les ligues mineures, il n'arrive pourtant pas à nous convaincre qu’il a sa place dans la "ligue nationale" de la chanson. Vocalement correct et laissant entrevoir une capacité louable en termes d’interprétation, Jonathan Roy souffre des comparaisons face à l’interprétation touchante d’un Normand Lévesque et à la pureté vocale d’une Marie-Ève Janvier.

De son côté, Nathasha St-Pierre nous offre du Natasha St-Pierre. Bien qu’elle soit relativement crédible dans le rôle de la femme trahie et qu’elle possède un registre vocal impressionnant, St-Pierre chante de la gorge et du nez sans arriver à mêler sa voix au reste du chœur lorsqu'un numéro l'impose.

Tout est gros dans cette comédie musicale : les décors, la morale, l’envie de ratisser large dans les goûts du public. Néanmoins, les changements de décor sont très réussis, les succès radiophoniques  ont tout pour ravir les milliers de fans réunis dans la salle Wilfrid-Pelletier et les danseurs espagnols réussissent à nous enflammer malgré la bande sonore préenregistrée - trop forte - avec laquelle ils doivent composer.

Pour ceux qui sont capables de faire abstraction des grands défauts de la distribution, Don Juan saura émouvoir grâce à une série de chansons pop accrocheuses et grâce au talent incontestable de son interprète principal, Jean-François Breau.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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vendredi 3 février 2012

Vigile (ou le Veilleur) au Rideau-Vert : la face cachée de la compassion

En mettant « Vigile (ou le Veilleur) » à l’affiche du Théâtre du Rideau-Vert jusqu’au 28 avril, la directrice artistique Denise Filiatrault permet aux mots du dramaturge canadien Morris Panych d’être admirablement bien traités par la traductrice Maryse Warda, récipiendaire du Prix littéraire du Gouverneur général en 2011 dans la catégorie traduction, et par le réputé metteur en scène Martin Faucher. La soirée qu’elle nous invite à passer dans son théâtre au coin des rues St-Denis et St-Joseph fait un pied de nez à tous les symptômes de la dépression saisonnière en nous divertissant sans jamais nous abrutir.

Le jour où un homme reçoit une lettre de sa tante mourante lui demandant de venir à son chevet, celui-ci prend la décision de quitter son travail pour accompagner la seule parcelle de parenté qui lui reste, quelque 30 ans après l’avoir vue pour la dernière fois. Abandonné par ses parents, asocial, asexué, cynique, désabusé et ne filtrant à peu près rien de ce qu’il pense, l’homme vivote et déblatère autour du lit de sa tante, espérant qu’elle finisse par mourir et lui laisser tout ce qu’elle possède.

L’histoire de Vigile pourrait sembler banale et déprimante au premier coup d’oeil, mais on y trouve un humour diablement efficace et une réflexion surprenante sur la mort, la vieillesse, la solitude, la famille et la compassion. Dans son quasi-monologue, Éric Bernier fait preuve d’un aussi grand talent pour la comédie que lors des représentations enflammées de la pièce Le Mystère d’Irma Vep, présentées entre 2004 et 2008. Bien que Vigile soit à des années-lumière de l’exubérance d’Irma Vep, Bernier s’approprie un autre personnage en lui donnant une palette de couleurs des plus diversifiées, grâce à un jeu physique et des fluctuations vocales fort divertissantes.

Même si elle est sur scène en permanence, Kim Yaroshevskaya n’a que 6 ou 7 répliques à donner pendant toute la pièce. En ce qui la concerne, tout est question de présence, de chaleur et d’émotions. En la voyant réagir aux énormités du personnage d’Éric Bernier, difficile de ne pas souhaiter en secret que la belle interprète de Fanfreluche devienne notre tante ou notre grand-mère. Même en 2012, le charme de l’actrice opère toujours.

Bien entendu, on pourrait questionner la mise en scène fort traditionnelle de Martin Faucher et les jeux de lumière un peu agaçants quand vient le temps de délimiter les multiples tableaux de l’histoire, mais on serait inconscients de ne pas réaliser que Vigile est avant tout du théâtre d’acteur, et qu’à ce niveau, Faucher dirige ses interprètes de mains de maître. 

Pour les deux mois à venir, le Rideau-Vert propose du théâtre rafraîchissant, un Éric Bernier survolté, une Kim Yaroshevskaya attendrissante, une touchante réflexion sur la fin de nos jours, en plus d’un revirement de situation que presque personne ne peut voir venir. Une pièce qui vaut le détour !

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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mercredi 1 février 2012

Extremely Loud & Incredebly Close : la grande histoire d’un petit garçon

La bande-annonce du film Extremely Loud & Incredebly Close avait suffi pour me convaincre de voir le nouveau projet de Stephen Daldry, réalisateur ô combien talentueux des films The Hours, The Reader et Billy Elliot. Aujourd'hui, j'affirme sans hésiter que Extremely Loud & Incredebly Close est l’une des plus belles histoires qu’on m’ait racontées depuis des années.

Tout droit sorti de l’imaginaire de l’écrivain Jonathan Safran Foer et du scénariste Eric Roth, Oskar Schell est un enfant atypique : clairement plus intelligent que la moyenne, doté d’une curiosité sans bornes, faisant les frais d’une très longue liste de peurs (sociales et autres), l’enfant de 9 ans développe une passion pour les énigmes, la recherche et l’aventure. Le 11 septembre 2011, le papa d’Oskar fait partie des milliers de victimes du World Trade Center. Ce jour-là, sa vie bascule.

Oskar perd son complice, son héros. Lorsqu'il tombe sur une clé ayant appartenu à son père et dont il ignore l’utilité, le garçon entreprend de retrouver ce qu'elle peut ouvrir. Aidé d’un vieil homme qui a fait le choix de ne plus parler de sa vie, Oskar fait le tour de New York afin de mener à bout une quête qui lui permet de garder un lien avec son père.

Non seulement Thomas Horn (Oskar) est-il un enfant acteur supérieur à la moyenne, mais il pourrait carrément donner des leçons de jeu à plusieurs acteurs adultes bien établis. Profitant d’une intelligence émotive indubitable et de l’authenticité de sa jeunesse, Thomas Horn réussit à nous attacher à son personnage avec un seul regard. Épaulé par Sandra Bullock, Tom Hanks et Max Von Sydow, tous très touchants, le jeune acteur insuffle une vitalité au film du début à la fin.

Grâce aux plans de caméra et au montage rythmés, Extremely Loud & Incredebly Close nous tient en haleine tout au long de cette histoire exceptionnelle, alors que la musique nous plonge dans l’urgence quasi maniaque du petit garçon. La trame narrative principale du film Stephen Daldry ne tourne pas autour du 11 septembre, mais l'histoire se permet tout de même d’aborder la question des dommages collatéraux des attentats terroristes : l’incompréhension du garçon face à ce qui lui arrive, cette mort qui ne fait aucun sens, les messages laissés sur le répondeur, la dernière discussion avant la fin, les images du WTC qui s’écroulent. Une série de moments de grandes émotions heureusement dénués de sensationnalisme. 
Bien entendu, certains vont critiquer l'aspect larmoyant du film de Stephen Daldry, mais sachez que les 130 minutes d’Extremely Loud & Incredebly Close débordent d’éclats de rire, d’espoir et de beauté. Plusieurs d’entre vous quitteront le cinéma les yeux bouffis, les joues mouillées et le cœur en miettes, mais c'est un bien petit prix à payer pour avoir droit à une aussi grande histoire. 




Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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mercredi 25 janvier 2012

L’Opéra de Quat’Sous à l’Usine C : à quelques cheveux du grandiose

En montant l’Opéra de Quat’Sous – classique de Bertolt Brecht maintes et maintes fois revisité depuis sa création en 1928 – Brigitte Haentjens prend le risque d’être comparée aux productions très récentes du TNM en 2010 et du Trident en 2011. Heureusement pour la metteure en scène, son travail inspiré et l’équipe de surdoués qui l’entourent lui permettent d’offrir un grand moment de théâtre musical à l’Usine C jusqu’au 11 février.

Lorsque Jonathan Jeremiah Peachum, roi de la crapule et de la mendicité, apprend que sa fille Polly s’est mariée en secret avec le Capitaine Macheath, prince du crime et de la corruption, un conflit gronde dans les rues de la métropole.

C'est à Jean-Marc Dalpé qu'on a demandé d'adapter cette œuvre originalement située dans les rues de Londres et rendue dans un français international un peu trop propre. Avec le talent qu'on lui connait, le dramaturge a québécisé les dialogues et les chansons avec justesse, en plus de camper l’histoire sur le territoire montréalais avec force d’habileté. Ainsi dépoussiéré, l’Opéra de Quat’Sous nous ouvre sur un monde de mensonges, de vols, de meurtres et de trahisons où les valeurs et la morale n’ont plus leur place. La dérision avec laquelle on demande aux acteurs de se moquer des épanchements romantiques de leurs personnages est particulièrement jouissive.

Brigitte Haentjens utilise parfaitement les mots de Brecht pour nous lancer au visage une critique de notre paresse collective, nous qui nous laissons gavés par n’importe quoi, incapables que nous sommes de nous révolter. À plus d’une reprise, les acteurs s’adressent directement aux spectateurs, suggérant ainsi que les rôles puissent être inversés. Nous, spectateurs, serions finalement les personnages d’une société qui se joue de nous.

Évoluant dans une scénographie brillamment imaginée par Anick La Bissonière, les 23 artistes sur scène réussissent à captiver notre regard et notre intelligence pendant 2 h 30 sans entracte. À noter le talent incontestable des acteurs Jacques Girard, Marc Béland, Ève Gadouas, et plus spécialement celui de Kathleen Fortin. Exemple parfait d’équilibre entre le jeu, la technique vocale et la présence scénique, Kathleen Fortin est la plus grande valeur sûre du théâtre musical québécois des dernières années. Qu’on lui demande d’interpréter la méchante Mme Thenardier dans les Misérables, la douce timide Des-Neiges Verrette dans Les Belles-Soeurs ou la matriarche grossière de l’Opéra de Quat’Sous, Fortin est tout simplement parfaite. Toutes ses présences sur scène sont du bonbon.

En contrepartie, quelques-uns de ses collègues auraient tout intérêt à l’observer avec attention pour élever leur jeu d’un cran. Dans le rôle du Capitaine Macheath, Sébastien Ricard est inégal tout au long du spectacle. Le chanteur des Loco Locass n’est tout simplement pas assez fort vocalement pour transmettre les émotions qu’il tente de livrer. Ses présences sur scène ne font pas progresser l’histoire comme elles le devraient, alternant entre cruauté charismatique et détachement vers l’ordinaire. Quant à Céline Bonnier, l’actrice est tout à fait géniale dans les sections parlées de Jenny la pute, mais elle perd en solidité quand vient le temps de tenir la note. Sa voix est jolie, mais Bonnier semble manquer d’assurance et s’écoute chanter au lieu de se laisser aller. 

Malgré ces quelques bémols, l’Opéra de Quat’Sous à l’Usine C fait partie des productions qui marquent l’histoire du théâtre québécois. Bien malin celui qui osera s’attaquer à ce classique de Brecht maintenant que Brigitte Haentjens a placé la barre si haute.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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lundi 23 janvier 2012

« Musique pour Rainer Maria Rilke » au Théâtre Denise-Pelletier : vous avez dit inspirant ?

Vous descendez les marches du somptueux Théâtre Denise-Pelletier d’un pas léger, vous prenez place en sachant que la pièce qui sera présentée jusqu’au 8 février s’est inspirée d’un classique de la littérature qui vous a marqué, les lumières s’éteignent et les 80 minutes qui suivent vous renversent et vous ébranlent.

De toute évidence, je fais partie des milliers, voire des millions de lecteurs qui ont été touchés par les mots de Rainer Maria Rilke dans ses « Lettres à un jeune poète ». Selon moi, tout être minimalement intéressé par la création, l’introspection et le désir de grandir en tant qu’être humain devrait lire ce livre. Ou voir la pièce qui s’en est servi comme fondements.

Dernière création du Théâtre Bluff, conçue tout spécialement pour les adolescents, mais capable de ralliée toutes les générations, « Musique pour Rainer Maria Rilke » accomplit beaucoup en très peu de temps. Le rire y côtoie l’émotion, le présent accepte de tendre une main au passé, le moderne se permet une accolade avec le classique, alors que le quotidien embrasse le plus grand que soi avec une désinvolture des plus rafraichissante.

Admirablement mise en scène par Martin Fauchier et portée par une distribution vivante et ô combien attachante (Éric Paulhus, Maxime Carbonneau, Macha Limonchik, Sophie Desmarais, Albert Millaire), la pièce écrite par Sébastien Harrison est de celle qui nous transporte au plus profond de nous. On y voit le poète, au début du siècle dernier, s’adresser à un jeune soldat tourmenté à l’idée de savoir s’il a du talent pour l’écriture. On y suit aussi un jeune adolescent de 2012, incompris par sa mère et venant tout juste de découvrir un aspect fondamental de son existence, qui se réfugie dans un livre dont il apprendra toutes les lignes par cœur. 
 
Alors que l’incommensurable sagesse du poète incite deux jeunes gens d’époques différentes à prendre le risque de fouiller en eux-mêmes, les questions et les revendications de ces derniers amènent le vieil homme à s’expliquer sur les failles de sa propre vie.

« Musique pour Rainer Maria Rilke » est une pièce brillante, touchante et inspirante qui nous laisse avec l’envie suprême de relire « Lettres à un jeune poète » et de faire un détour par ce chemin magnifique que plusieurs appellent la quête de soi.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin

Théâtre Denise-Pelletier – 20 janvier au 8 février
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samedi 21 janvier 2012

Le Dindon au TNM : tant de talents au service d’un auteur qui en fait trop

Alors que le Théâtre du Nouveau Monde avait ravi bien des amateurs à la fin de 2011 en présentant « Ha! ah…» de Réjean Ducharme, ce sont les mots de Georges Feydeau qui prennent le relais jusqu’au 11 février. Les deux œuvres écrites à des époques diamétralement opposées ont en commun de se moquer de l’espèce humaine en la critiquant avec force d’humour, mais là s’arrête les comparaisons. L’automne dernier, on aurait pris un peu plus de Ducharme. Cet hiver, on prendrait un peu moins de Feydeau.

Bien proche parent des histoires abracadabrantes de Molière, le travail de Feydeau s’attaque au quiproquo amoureux avec fougue et enthousiasme. Un mari trompe sa femme, celle-ci se fait doublement courtiser, mais elle refuse de sauter la clôture avant d’avoir la preuve des adultères de son mari. Pendant tout près de 3 heures – avec entracte – les personnages s’entremêlent, se piègent, se mentent, se font la sourde oreille et bien plus encore.

Afin de maintenir la cohérence – à défaut de vraisemblance – de toute cette belle pagaille, le metteur en scène, Normand Chouinard, fait preuve d’une minutie d’horloger. Les 16 acteurs déploient une énergie folle afin de rendre justice à cette œuvre où la pitrerie est reine. Outre les passages où l’on demande aux acteurs de danser sans que l’histoire n’en profite d’une quelconque façon, la mise en scène de Chouinard nous captive avec rythme et intelligence jusqu'à la fin. Les centaines de spectateurs s’esclaffent de rire des dizaines et des dizaines de fois jusqu'à la fin.

Rarement a-t-on vu des acteurs tenants des rôles principaux et secondaires (Carl Béchard, Linda Sorgini, Violette Chauveau et Jean-Pierre Chartrand tout particulièrement) être aussi bons que ceux à qui l’on a confié de petits rôles (Sébastien René et Marie-Pier Labrecque en tête). Alain Zouvi fait preuve d’un talent indéniable pour la comédie du genre, mais n’arrive malheureusement plus à nous surprendre. Rémi Girard est juste et investi, mais son articulation molle et son français international déficient nous font perdre plusieurs lignes. Roger La Rue est drôle à souhait, mais son accent franglais n’est tout simplement pas à la hauteur de celui de Violette Chauveau, qui joue sa femme.

Si vous acceptez que le Dindon existe d’abord et avant tout pour vous faire rire gras et que vous êtes capables de vous farcir une comédie conjugale de plus, vous partez dans de bonnes dispositions. Néanmoins, sachez que les blagues et les pitreries du Dindon sont au théâtre ce que les chocolats bon marché sont aux sucreries : si vous ne savez pas bien les doser, ils risquent de vous tomber sur le cœur.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin
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jeudi 19 janvier 2012

« Tristesse Animal Noir » à l’Espace GO : plus noire sur papier que dans la réalité

J’ai un immense respect pour le Théâtre PÀP, une compagnie qui nous a habitués à des projets de qualité, mêlant risques et originalité depuis des années. En profitant de l’invitation de l’Espace GO pour présenter son nouveau projet, « Tristesse Animal Noir », écrite par la dramaturge allemande Anja Hilling, le PÀP m’a toutefois déçu pour la première fois.

Êtes-vous connectés avec vos émotions, vos pulsions et tout ce qui est enfoui sous la couche de protection que vous chérissez depuis toujours ? Quel effet aurait sur vous un feu de forêt dévastateur dans lequel vous seriez pris pendant deux jours avant que les secours n’arrivent ? Comment l'humain en vous se relèverait-il de l’inimaginable, de la perte de l’Autre et de la perte de soi ? Vous êtes-vous réellement perdus ou la vie s’est-elle faufilée pour que vous vous trouviez ? Toutes ces questions fort pertinentes sont abordées pendant les trois sections de Tristesse Animal Noir.

La première : l’arrivée de six amis insouciants dans une forêt pour un week-end loin de la ville, des discussions sur le poids à perdre de la nouvelle maman, sur la première rencontre des nouveaux amoureux et sur les idées de grandeur du jeune professionnel nouvellement papa. On comprend rapidement la volonté de Hilling de montrer la désinvolture et la surface des choses avant de plonger dans le drame, mais les clichés de ses dialogues et l’absence de complicité entre les acteurs prennent le dessus.

La deuxième : le feu, le drame, la survie. L’écriture d’Anja Hilling prend soudain une teinte plus poétique qu’au début. Notre tête comprend la beauté des images et l’habileté du verbe, mais notre cœur réalise bien vite qu’il n’est pas suffisamment sollicité. On pourrait probablement retirer davantage de ce talent pour les mots si on lisait le texte au lieu de le voir prendre forme sous nos yeux.

La troisième : le renouveau ou l’incapacité de se relever. Le traumatisme, les souvenirs, la culpabilité. L’envie d’oublier, de passer à autre chose. Clause Poissant met en scène un passage où frère et sœur subissent un interrogatoire en verbalisant les questions et les réponses entremêlées. Un autre où il laisse le soin à un acteur de se mettre en bouche les paroles d’un autre personnage. Les deux procédés sont clairs et parfaitement exécutés. Malheureusement, on se sent tenus à distance de la puissance des émotions, une fois de plus.

Même si les projections de feu et de fumée sont réussies, le choix de privilégier une scène pratiquement dépouillée de décors et de concentrer l’attention des spectateurs sur les acteurs à qui on a imposé retenue et neutralité n’est pas ce qu’il y a de plus satisfaisant. Quant aux nombreux passages musicaux, ils viennent renforcer la pièce par moments et l’affaiblir le reste du temps. Les acteurs à qui l'on demande de chanter n’étant pas constants en termes de justesse vocale et émotive. 

De toute évidence, le propos et le concept de Tristesse Animal Noir avaient de quoi susciter notre intérêt. La dernière création du Théâtre PÀP est d’ailleurs très loin d’un échec. Mais le temps se fait long à l’Espace GO.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin

Espace GO – 17 janvier au 11 février
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dimanche 15 janvier 2012

« Moi, dans les ruines rouges du siècle » : aussi puissant qu’une révolution (CRITIQUE)

À l’image d’une révolution qui prend son temps avant d’ébranler les plus solides rouages d’une société, « Moi, dans les ruines rouges du siècle » vient fragiliser les spectateurs morceau par morceau. Écrite et mise en scène par Olivier Kemeid, l’œuvre présentée en reprise au Théâtre d’Aujourd'hui du 10 au 21 septembre est une magnifique occasion pour le Québec de raconter l’étranger et pour l’étranger de permettre au Québec de se comprendre davantage.

Olivier Kemeid s’inspire du destin incroyable de Sasha Samar, un acteur ukrainien travaillant sur les planches du Québec depuis quelques années. Dans l’URSS des années 70, les parents de Sacha se déchirent lentement, la mère quitte le noyau familial et le père s’assure de n’être jamais séparé de son fils adoré, quitte à lui mentir volontairement afin qu’il oublie l’existence de sa mère.

L’indépendance de l’Ukraine en 1991, la relation trouble que Sacha entretient avec son père, les histoires de sport, de théâtre et d’armée, le quotidien communiste de l’époque, le désir inépuisable de retrouver sa mère : tous les éléments de la petite et de la grande histoire de Sasha se côtoient avec une habileté remarquable.

Robert Lalonde, Annick Bergeron et Geoffrey Gaquère excellent dans chacun de leurs rôles. Après avoir vu Sophie Cadieux tenir des rôles majeurs dans plusieurs productions théâtrales au cours de la dernière année, en plus de ses apparitions à la télévision et au cinéma, on trouve les décideurs montréalais bien peu originaux, mais on finit une fois de plus par craquer devant tout son talent.

Finalement, il y a Sasha, cet acteur au regard de petit garçon, débordant de naturel, capable de porter sur ses épaules une pièce qu’il est visiblement ému de nous raconter.

À la toute fin, on sort du Théâtre d’Aujourd’hui un peu plus humain et un peu plus respectueux face à la vie.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin

mercredi 11 janvier 2012

« Orphelins » au Théâtre La Licorne : impossible d’en sortir indemne !

Grâce au doigté avec lequel il dirige la pièce « Orphelins », écrite par Denis Kelly et traduite par Fanny Britt, le metteur en scène Maxime Denommée fait du théâtre qui remue et qui ne nous quitte plus. Du théâtre qui réussit à faire déraper les centaines de spectateurs du Théâtre de la Licorne. Du théâtre comme on l'aime.

Le dramaturge Denis Kelly n’a pas l’habitude de jouer dans la dentelle. Préférant tirer les ficelles d’une histoire débordant de fausses vérités qui se déchirent avec le temps, l’auteur se révèle aussi percutant avec "Orphelins" qu’il l’avait été avec "Après la fin", en 2008.

Les orphelins de Denis Kelly, Helen et Liam, frère et sœur unis devant l’adversité, voient leur triangle complété par Danny, l’amoureux de Helen. Le soir où Liam débarque à l’improviste chez le couple avec un chandail rempli de sang, la machine à questions s’emporte. Qu’est-ce qui s’est passé ? Qui est ce jeune adolescent victime d’une attaque vicieuse que Liam dit avoir aidé ? Doit-on appeler la police au risque d’incriminer Liam, qui s’est retrouvé sur les lieux par hasard ? Jusqu’où Helen est-elle prête à aller pour défendre son frère ? Danny acceptera-t-il d’embarquer dans la manigance ou est-il trop lâche pour bouger ? Peut-on réellement faire confiance à Liam ?

Le texte de Kelly est d’une richesse infinie. Habillement traduit par Fanny Britt - qui a su transposer en québécois la quantité de non-dits, d’hésitations et de vérités en demi-teintes - le travail de Kelly met en lumière deux concepts fondamentaux : la peur de l’autre et le sens de la famille. En quelques minutes, les spectateurs sont plongés dans une série de rebondissements et de réflexions sur les dérapes xénophobes de notre société. Les Étrangers sont-ils coupables jusqu’à preuve du contraire ? Doit-on protéger l'un des nôtres envers et contre tous ? Combien valent notre unité et notre confort ?

L’écriture de Denis Kelly est rythmée, punchée, drôle et intensément dramatique. Ses personnages sont forts et incarnés. Son histoire nous traverse le corps, sans nous vider ou nous abattre. Ses mots nous réveillent et nous obligent à remettre en questions nos propres valeurs.

La direction d’acteurs est impeccable. Évelyne Rompré, Étienne Pilon et Steve Laplante maitrisent la langue toute particulière du tandem Kelly-Britt et n’hésitent pas à mettre leurs tripes sur la table. Ayant à leur disposition une histoire puissante, écrite et mise en scène avec talent, les trois acteurs font d’Orphelins un grand moment de théâtre. Et de société.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin

Théâtre La Licorne – 10 janvier au 18 février
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mardi 10 janvier 2012

« Requiem pour un trompettiste » au théâtre de l’Espace Libre : une série de fausses notes

Présentée à l’Espace Libre du 10 au 21 janvier, « Requiem pour un trompettiste » est l’une des pires pièces de théâtre des dernières années. Cette production torontoise du Théâtre La Tangente est présentée comme une œuvre politique inspirée d’un scandale où les demi-vérités font loi, alors que ce n’est rien d’autre qu’un ramassis de clichés qui réussissent à se noyer en surface.

La mise en scène de Requiem pour un trompettiste avait pourtant de quoi nous interpeller. À l’entrée de la salle, les spectateurs doivent choisir laquelle des deux parties du spectacle ils verront en premier : celle à la mairie ou celle à l’hôtel. Une fois assis dans un des deux espaces, ils se voient remettre des écouteurs afin d’ajouter une trame sonore au spectacle. On s’imagine alors profiter des forces du théâtre associées à l’habillage musical continu auquel le cinéma nous a habitués. Malheureusement, la musique est à peine plus intéressante que celle d’un ascenseur, les micros de certains acteurs ne fonctionnent pas et le dispositif des écouteurs finit par être abandonné à l’entracte, faute d’efficacité satisfaisante.

Quand vient le temps pour les spectateurs de traverser dans le deuxième espace, ils entendent les acteurs des deux parties en même temps, étant donné qu’ils n’ont plus d’écouteurs fonctionnels sur les oreilles pour s'isoler. Une telle situation aurait été sincèrement frustrante si elle nous avait fait perdre des passages intéressants, mais l’intérêt de cette pièce est quasi inexistant. Les dialogues sonnent aussi creux que ceux d’un mauvais téléroman et l’histoire est aussi clichée qu’invraisemblable.

D’un côté, une maîtresse désemparée, un homme marié bourru, un valet de chambre puceau qui tombe amoureux de la belle, des entrées et sorties dignes d’un théâtre d’été, avec les rires en moins. De l’autre, le marié bourru est le maire d’une ville où de nombreux citoyens meurent contaminés par un élément connu de l’administration municipale. Bien entendu, certaines phrases banales sur la façon de camoufler la vérité ou de se déresponsabiliser des scandales nous font penser aux voltes-faces du gouvernement Charest ou à l’ignorance perpétuelle du maire Tremblay, mais vraiment rien qui vaille le déplacement.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin

Photo : Aurélien Muller